SPORTS

Jackson Richardson, profession magicien

A bientôt 34 ans, le meneur de Pampelune et capitaine de l'équipe de France a été le bourreau des Montpelliérains, battus 27-19 lors du match aller de la finale de la Ligue des Champions. A la veille du retour, portrait d'un monument qui fait durer le plaisir

" Il a été la clef du match [...] Franchement, on a été étonnés par sa présence. Et cela nous a coûté cher." En elle-même, la phrase n'est pas surprenante puisqu'elle concerne Jackson Richardson, le demi-centre de Pampelune et "extra-terrestre" du handball mondial. Ce qui l'est plus en revanche, c'est qu'elle est signée Cédric Burdet, l'arrière de Montpellier et coéquipier de ce dernier en équipe de France. Difficile en effet de croire que les Montpelliérains aient pu négliger un adversaire de cette envergure, qui plus est à ce niveau de la compétition. Longtemps incertain à cause d'une opération du genou, Jackson Richardson s'est rappelé au bon souvenir de ses petits camarades, la semaine dernière en Espagne. D'entrée de jeu, en marquant 3 des 4 premiers buts de son équipe, "Jack" (à prononcer à l'américaine) a montré la voie royale à ses partenaires. Et si son genou le préoccupe encore un peu, la blessure a paradoxalement fait l'effet d'une cure de jouvence.


Jackson Richardson, le plus grand palmarès du hand français
(Photo: DR)

" Cette interruption m'a fait du bien dans la tête. J'ai pris du recul, j'ai beaucoup réfléchi sur ce que j'attendais encore du handball. Je crois que je suis reparti. J'ai envie de cette Ligue des champions, envie de retrouver l'équipe de France."(L'Equipe du 27/04/2003) Car a 33 ans bien tassés, le mot "retraite" commençait à pointer le bout de son nez. Une échéance qui ne semble pas omnubiler Richardson outre mesure. Même si elle viendra un jour et avec elle la fin d'une époque.
Depuis 1990 et sa première cape chez les Bleus, sa progression a étrangement coïncidé avec l'avènement sur le devant de la scène mondiale du hand français. Successivement "Barjot", "Costaud", avant de redevenir plus sobrement un "Bleu", le maître à jouer au sourire comme aux retards légendaires a été de toutes les campagnes, dont celle de départ à Barcelone en 1992. Réputé pour son sens de l'interception sur un terrain autant que pour son goût de la rigolade en dehors, le natif de Saint-Pierre (Réunion) a gardé le goût du jeu dans le sens premier du terme. Ce qui explique pour une bonne part sa longévité sur les parquets.
Arrêt Bosman aidant, il est l'un des premiers à s'exiler à l'étranger, en 1996, dans le club allemand de Grosswallstadt, et à se forger un palmarès à l'échelle europénne. Depuis, le roi Richardson gagne régulièrement des titres et est devenu le pilier de l'équipe de France. Daniel Costantini tout comme Claude Onesta, son successeur, lui ont d'ailleurs confié les clefs de la maison Bleue. Au delà du capitanat, il est aussi et surtout le dépositaire du jeu sur le terrain. Un rôle d'encadrement des jeunes et de responsabilités qui contraste avec son insouciance apparente.

Un palmarès édifiant

En club :
- Vainqueur de la Coupe des Coupes en 1993
- Vainqueur de la Coupe de France en 93 et 95
Champion de France en 1994 et 1996 -Vainqueur de la Coupe des Villes en 2000
- Vainqueur de la Ligue des Champions en 2001
- Vainqueur de la Supercoupe d'Europe 2000
- Vainqueur de la Coupe du Roi en 2001
- Champion d'Espagne en 2002
- Meilleur joueur étranger du championnat espagnol 2002

International : (première sélection: 1990 / Buts en équipe de France : 730)
- Médaille de bronze aux J.O de Barcelone en 1992
-
Médaille d'argent au Mondial 1993 en Suède
-
Champion du Monde en 1995 en Islande
-Médaille de bronze au Mondial 1997 au Japon
-
Champion du Monde 2001 en France
- Médaille de bronze au mondial 2003

Apparente seulement car le professionnalisme fait malgré tout partie de sa réussite. Comme pour le match de demain. "Pendant 80 minutes, on sera adversaires. Mais avec les joueurs de Montpellier, on se connaît bien. On sera copains avant le match et après on ira boire une mousse ensemble." Et à moins d'un exploit des Montpellierains, ils boiront sûrement à sa santé.

Guillaume Georges
03/05/2003 17h30

retour